L’Af. Sud à la loupe #04, texte

Dernier post pour “L’Af. Sud à la loupe”. En conclusion de cette série d’articles sur l’Afrique du Sud par Romain Rosart, nous nous intéressons aujourd’hui à l’influence diplomatique au niveau continentale et internationale du pays depuis la fin de l’apatheid. Bonne lecture !

L’Afrique du Sud, phare de la région Afrique? (Synthèse)

Après un développement quasi autarcique durant la période de l’apartheid, l’Afrique du Sud s’est progressivement ouverte dès le début de la période de « normalisation » qui a commencé au début des années 1990. Dès lors, suivant les préceptes posés par Nelson Mandela, le pays s’est appliqué à se poser comme un acteur incontournable de la région. S’appuyant sur un véritable potentiel économique, l’Afrique du Sud a également su mettre en place une véritable diplomatie pour conforter son rôle de leader de la zone. L’Afrique du Sud a donc investi la scène régionale et internationale sur le plan économique; elle est aujourd’hui une puissance émergente à part entière; et sur le plan diplomatique où elle est devenue un acteur majeur des organismes régionaux africains. Cette volonté d’expansion s’explique notamment pour des raisons économiques.

En effet, comme nous l’avons vu la semaine dernière, l’Afrique du Sud doit bénéficier d’une région pacifiée si elle veut continuer son développement. Dans ce sens, elle est même devenue l’instigateur du NEPAD (New Partnership for Africa’s Development) qui a pour but d’étendre les politiques économiques du pays à l’ensemble de la zone. Cet objectif se couple donc avec les volontés énoncées par Mandela d’apporter une paix durable dans la région. Ainsi, sur le plan de la diplomatie au sens Onusien (donc le maintien de la paix et de la sécurité internationale), l’Afrique du Sud prétend à un rôle de gendarme de l’Afrique australe comme le montre ses nombreuses opérations de maintien de la paix mais aussi à un rôle de médiateur, notamment sous la présidence de Thabo Mbeki lors d’un conflit comme celui du Burundi.

Cet état de fait s’explique autant par la puissance incontestée de l’Afrique du Sud que par les faiblesses endémiques des autres prétendants à ce rôle. En effet, Le Nigéria, qui pourrait disposer des atouts économiques, n’a pas la stabilité politique pour influer sur la situation de la région. Quand aux pays du Maghreb, relativement viables politiquement, ils sont trop éloignés des problématiques de l’Afrique sub-saharienne et souhaitent inscrire leur développement au sein de la zone d’influence européenne. Ainsi, l’Afrique du Sud est aujourd’hui le seul leader crédible de la région. Elle dispose d’une véritable influence au sein de la région et travaille pour la stabilité de celle-ci afin de poursuivre son développement économique interne et pour pacifier une zone traditionnellement secouée par de nombreux conflits.


L’Afrique du Sud, phare de la région Afrique? (article complet)

Durant la période de l’apartheid, l’Afrique du Sud a très largement été mise au ban de la communauté internationale qui condamnait ce régime mettant à l’écart et cantonnant à la misère la majorité de sa population pour des raisons d’ordre raciste. Ainsi, ce pays a été mis à l’écart de nombreuses organisations internationales et exclu d’évènements importants au niveau mondial durant près de 50 ans. Par exemple, l’Afrique du Sud n’a pu, durant longtemps, présenter de délégation lors des Jeux Olympiques, symbole de fraternité entre les peuples. Cependant, l’attribution de la Coupe du Monde 2010 à ce pays montre, entre autres évènements, que la situation a favorablement évolué et que ce dernier a pris une vrai place dans le concert international. De façon encore plus révélatrice, l’Afrique du Sud a été le seul pays africain invité lors des réunions du G20 consacré à la crise financière. Elle est également très régulièrement évoquée lorsque l’on évoque le possible élargissement du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

L’évènement déclencheur de ce changement fondamental est la fin de l’apartheid. En effet, avec la libération de Nelson Mandela, l’abandon progressif de l’apartheid, le processus de démocratisation et les premières élections multiraciales de 1994, l’Afrique du Sud va donner à la communauté internationale les gages d’un nouveau départ. En effet, cette suite d’évènements va conduire le pays à devenir une réelle démocratie et à rendre les raisons du boycott international totalement caduques.

Mandela, chantre de la démocratie panafricaine.

Ce retour sur la scène internationale va avoir deux conséquences principales. Tout d’abord, l’Afrique du Sud va devenir membre à part entière de cette communauté et, à ce titre, va bénéficier des avantages liés à cela. Elle va pouvoir librement commercer, échanger avec les autres pays et cela, va servir son économie et son développement. Mais le pays va également accroître son influence et se positionner très rapidement comme un acteur régional de premier ordre. Bénéficiant de l’aura de Mandela, le pays va vouloir inscrire son action diplomatique au service de la région. Si cette volonté s’explique pour certaines raisons de développement économique, il est néanmoins clair qu’elle est aussi très clairement influencée par la vision du monde de Mandela. Ainsi, dès 1994, quelques mois après son élection, son ministre des Affaires Étrangères va énumérer devant ce qui deviendra l’Union Africaine, les axes de la politique étrangère de l’Afrique du Sud. Si le développement de la coopération économique est bien présent, la promotion des Droits de l’Homme, de la Paix et des moyens de médiation pacifique dans la résolution des conflits inter-étatiques montre la volonté de l’Afrique du Sud de devenir un acteur majeur de la région de manière bénéfique.

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Alfred Nzo, ministre des Affaires Étrangères sous Mandela.

« La puissance de notre nation dépend de la force de notre continent »

Cette phrase, prononcée par Dlamini Zuma, ministre des Affaires Étrangères depuis 1999 sous Thabo Mbeki et Jacob Zuma, est symptomatique du rapport qu’entretient l’Afrique du Sud avec son continent depuis la fin de l’apartheid. En effet, dès son investiture, Nelson Mandela va s’atteler à émanciper le pays du legs de l’ancien régime. Quelques semaines après sa prise de fonction, le Président Mandela, devant les Nations Unies, déclare que  « le défi majeur qui se pose à {eux} est de savoir, compte tenu de l’interdépendance du monde actuel, ce qu’ {ils} peuvent faire pour asseoir partout la démocratie, la paix et prospérité ». Les conséquences de ce choix vont se manifester au sein de plusieurs cercles concentriques. L’Afrique australe puis plus largement l’Afrique sub-saharienne et encore au dessus l’Afrique tout entière sont les zones d’influence de la République Sud-Africaine.


Cette volonté d’influer sur sa région d’origine va conduire Mandela, durant son mandat à jouer un rôle de médiateur dans plusieurs conflits dans la région des Grands Lacs et va ordonner aux troupes sud-africaines de se déployer au Lesotho pour protéger le régime en place victime d’une tentative de coup d’état. Mbeki, après lui avoir succédé, sera lui aussi très actif sur le plan diplomatique puisqu’il a largement participé à la promotion et à la conclusion des processus de paix au Rwanda, au Burundi (où Mandela était l’un des médiateurs) ou en République Démocratique du Congo. Cependant, le silence de Thabo Mbeki lors de la crise des élections zimbabwéennes en 2008 constitue l’une des « actions » les plus critiquées de Mbeki puisque cela a été considéré comme un soutien au président Mugabé. Au delà de ces actions ponctuelles, les gouvernements successifs sud-africains se sont également mobilisés pour promouvoir des programmes structurels de développement du continent. Qu’il s’agisse de son développement économique ou plus largement de la place du continent au sein de la communauté internationale, les trois présidents s’étant succédés depuis 1994 placent l’Afrique au coeur de leur diplomatie. Ainsi, durant ces 15 dernières années, la République Sud-Africaine est devenue un partenaire de choix dans les institutions régionales africaines et est même dans de nombreux cas, le fer de lance de celles-ci. De plus, ce pays s’est également mis à développer ses propres programmes comme le NEPAD (New Partnership for Africa’s Development) pour favoriser le développement économique du continent et ainsi servir de moteur à la région.

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Dlamini Zuma, ministre des Affaires Étrangères sous Mbeki et Zuma.

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Les trois présidents post-apartheid: Zuma, Mandela, Mbeki.

Un leadership assuré faute de concurrence.

Cette situation où la position sud-africaine devient une donnée importante lors de conflits larvés ou ouverts s’expliquent également par le manque de véritables leaders dans cette zone. En effet, la décolonisation du continent datant de seulement 50 ans et ayant laissé la plupart des pays avec un patrimoine démocratique et économique clairement insuffisant, l’Afrique ne semble pas disposer de véritables puissances régionales. En effet, aucun pays de la zone ne dispose véritablement de l’ensemble des atouts pour jouer le rôle de figure tutélaire de la région. Une économie solide, une véritable diplomatie et un poids au sein des institutions internationales sont les trois principaux atouts pour occuper ce poste. L’Afrique du Sud est le seul pays africain réunissant ces qualités puisqu’elle représente une puissance émergente au niveau international et qu’elle s’est positionnée comme un acteur majeur des conflits de la région.

L’obtention de ce leadership a été acquis « facilement » lors de ces vingt dernières années dans la mesure où aucun autre pays de la zone ne pouvait raisonnablement prétendre à ce rôle. En effet, parmi les pays pouvant ou voulant endosser ces habits, aucun n’a effectivement les clés. La Lybie de Khadafi a toujours voulu jouer ce rôle mais son implication dans de nombreuses actions terroristes la prive de crédibilité face aux pays occidentaux. Le Nigéria, puissance démographique et riche de nombreuses ressources naturelles, est victime d’un régime très loin des standards démocratiques et est gangréné par la corruption et le clientélisme. Les pays du Maghreb, comme l’Algérie ou le Maroc, sont quant à eux bien plus intéressés par leur voisinage avec la périphérie européenne que de jouer un rôle de leader régional en Afrique. Ainsi, malgré la relative jeunesse de l’Afrique du Sud démocratique, cette dernière a très rapidement s’imposer comme une puissance sur laquelle il faut compter en Afrique. Cependant, cette jeunesse n’est pas sans entraîner des problèmes dans la mise en place de la politique étrangère du pays.

Un rôle encore difficile à tenir.

Une fois le fonctionnement démocratique interne du pays assuré, les atouts de l’Afrique du Sud et l’absence criante de leader régional ont naturellement conduit le pays à prendre une place dans la diplomatie régionale. Pour des raisons économiques et pour appliquer les valeurs humanistes nouvellement prônées par Mandela et son gouvernement, ce rôle semblait dévolu à l’Afrique du Sud qui s’en est rapidement emparé. Cependant, en matière de relations internationales, il apparaît que rien ne puisse vraiment remplacer l’expérience. En effet, après près de 60 ans de quasi-autarcie sur le plan diplomatique et du fait d’une relative inexpérience des nouveaux diplomates sud-africains arrivés au pouvoir à la faveur du changement de régime, l’action internationale de l’Afrique du Sud n’est pas aussi satisfaisante qu’elle pourrait l’être. Même si de très nombreux succès sont à mettre à son crédit comme nous l’avons vu, il est arrivé que l’Afrique du Sud se positionne à rebours des valeurs qu’elle défend. Ainsi, durant la période 2007-2008 où le pays a siégé au Conseil de Sécurité des Nations Unies (à un siège non permanent), son représentant a voté contre, au côté de régimes plus ou moins autoritaires, la mise en place de sanctions envers des états s’étant manifestement rendus coupables de violations des Droits de l’Homme comme le Bélarus ou l’Ouzbékistan. Il semble clair que ce genre de situations sonne le glas de la politique étrangère fantasmée par l’A.N.C. lors de l’arrivée du parti au gouvernement.

Le NEPAD (New Partnership for Africa’s Development) est également source de critiques concernant l’action régionale de l’Afrique du Sud. Ce programme, placé sous l’égide de l’Union Africaine, est depuis le début des années 2000 porté à bout de bras par le président Mbeki. Si le NEPAD a pour but officiel de développer de façon concertée le continent africain avec plusieurs moteurs que sont le Sénégal, l’Algérie, le Nigeria et l’Afrique du Sud principalement, il apparait en réalité que ce programme soit le prolongement continental des préceptes économiques sud-africains. L’Afrique du Sud contrôle d’ailleurs les principaux organes décisionnels de ce programme. Cependant, la société civile africaine s’oppose régulièrement aux décisions prises et certains pays occidentaux se sont également inquiétés de l’existence de conflits d’intérêts entre les actions du NEPAD et de l’Union Africaine. Ces pays se questionnent dans le même temps sur les modes de gouvernance choisis mais aussi sur la capacité de la région à rationaliser leurs programmes économiques régionaux avant de s’intégrer pleinement dans la mondialisation. Ainsi, à trop vouloir servir ses intérêts par une projection régionale, l’Afrique du Sud oublie potentiellement de s’inscrire véritablement au sein de cette région.

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Sommet de réflexion du NEPAD (Alger, 2007).

L’Afrique du Sud a ainsi réussi en une vingtaine d’années à se bâtir une stature de leader régional qu’aucun pays ne peut aujourd’hui lui contester. Grâce à ses richesses en ressources naturelles et un système économique viable, elle s’est imposée comme tête de pont économique du continent. Comme nous l’avons vu, le niveau économique de l’Afrique du Sud lui impose aujourd’hui de s’inscrire sur une scène plus grande que celle de son seul territoire national. Ce besoin d’expansion économique s’est couplé avec une destinée politique que Nelson Mandela voulait régionale. La fin de l’apartheid a permis de valider la foi en une société pacifiée de nombreux dirigeants sud-africains. En effet, après plus de 60 ans de ce système raciste, les nouveaux gouvernants, à la suite de Mandela, ont compris l’importance d’évoluer dans un espace de paix et de démocratie pour développer l’Afrique. Ainsi, sur le plan diplomatique, l’Afrique du Sud est depuis plus de 10 ans partie prenante de tous les processus de paix, négociations et tentatives de médiations pour pacifier le continent. Elle se fait également le porte parole de l’Afrique entière au sein des institutions internationales où elle possède de plus en plus d’influence. Ces deux dominations, économique et diplomatique, s’auto-alimentent mutuellement et renforcent jour après jour le rôle central de l’Afrique du Sud au sein du continent africain. Cependant, l’importance que revêt ce rôle au sein de la région Afrique met l’Afrique du Sud devant de grandes responsabilités que sa jeunesse démocratique ne lui permet peut-être pas encore d’endosser parfaitement. Il semble néanmoins que le pays prenne progressivement conscience du rôle qu’il doit jouer et que la pacification de sa zone d’influence devienne peu à peu une réalité.

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