Austin, le football au cœur du bidonville, texte/photos

En attendant les premières vidéos sur le Maroc, et pour compléter les reportages “Still Playing” et “Austin’s Ground” réalisés au Kenya, voici un texte autour de l’action d’Austin et de la situation de Mathare.

Depuis 10 ans, Austin Joy développe un club et un terrain de football au sein de Mathare, l’un des plus grands bidonvilles de Nairobi. Il est convaincu de la force du ballon rond pour souder les populations, deux ans après un conflit ethnique qui a fait plus de 1000 morts à travers le Kenya.

Adossé à un mur géant peint aux couleurs d’une marque de téléphonie, Austin Joy suit avec attention les mouvements de « True Colours », son équipe de football. A 34 ans, le coach a déjà derrière lui de nombreuses saisons au compteur. Ces joueurs n’étaient que des enfants lorsqu’il a commencé, seul, à déblayer la décharge sauvage pour la transformer en terrain d’entrainement. Désormais, « Viet Nam », quartier surpeuplé de Mathare profite de 1000 mètres carré d’espace vierge de toute construction de tôle et de matériaux de récupération.

« Lorsque les gens ont eut peur des violences tribales, c’est au terrain qu’ils venaient se réfugier » explique Austin. Le 27 décembre 2007, Mwaï Kibaki remporte une élection présidentielle contestée. Les tensions entre le président sortant réélu et son principal opposant, Raila Olinga, soutenus par leurs ethnies respectives (les Kikuyu et les Luots), se transforment en conflit meurtrier. Les deux mois de troubles politiques qui suivent se soldant par plus de 1.000 personnes tuées et 300.000 déplacés.

Du fait de sa grande mixité ethnique, Mathare fut particulièrement affecté par les violences. « Les gens sont devenus fous. Des centaines de personnes ont été tué, parfois à la machette. Mais nous avons continué à jouer au football, même quand on entendait des tirs d’armes à feu ». Austin cache sa tristesse derrière un sourire de façade lorsqu’il évoque ces sombres heures du bidonville.

Aujourd’hui baptisé « Austin’s Ground », le terrain a pris une place essentielle dans la vie de la communauté. Les habitants du quartier apprécient la précieuse implication de celui que l’on surnomme affectueusement « Rastaman ». Entre les matches de football, les rassemblements scolaires, les meetings religieux, et les projections de la télévision locale Slum TV, Austin doit gérer un planning serré.

Les accords de partage de pouvoir entre les deux rivaux politiques en février 2008, ont permit au Kenya de retrouver une certaine stabilité. « Nous avons participé à de nombreux tournois de football de réconciliation » se souvient Kassamba, capitaine des True Colours. « Le football aide les gens à vivre ensemble. Sur le terrain, il n’y a plus d’histoires d’ethnies ». Mais toujours privé d’eau courante, de réseaux d’électricité sécurisés et de systèmes d’évacuation des eaux usées, les 700.000 habitants de Mathare n’ont pas constaté d’amélioration dans leurs problèmes du quotidien.

En s’investissant dans le football, Austin est convaincu que son engagement peut aider les jeunes. « Lorsque les gamins sont au football, ils évitent la délinquance ou la drogue ». Le coach a réalisé des partenariats avec des écoles. Certains de ses joueurs bénéficient désormais d’une bourse et peuvent continuer leurs études.

Malgré les années de galère, sans emploi, sans formation, Austin s’est toujours mis au service de la communauté. Il n’imaginait pas un jour s’aider lui même en suivant ce mode de vie. Les bons résultats de ses équipes ont été remarqués. Il vient d’être engagé comme manager d’une équipe féminine professionnelle. Avec les exigences de son nouveau travail, des choix difficiles se profilent à l’horizon. Austin devra peut être quitter son club de cœur, mais une nouvelle vie pourra alors commencer.

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