Plongée au cœur d’un bidonville, texte

Le projet « Rencontres Africaines veut trouver le ton juste entre misérabilisme et exotisme ». Lorsque l’on entre pour la première fois dans Mathare, second bidonville de Nairobi au Kenya, il y a de belles intentions qui ont la vie dure et des principes qui se révèlent difficiles à respecter.

Nairobi, Mathare, quartier "Viet Nam". 2010.

La gifle est immédiate, sans préavis ni préparatif. Il suffit de traverser une route, de changer de quartier, et le panorama d’un bidonville qui a engloutie tout une vallée nous tombe dessus. 700.000 habitants s’entassent dans de la tôle, de la terre et parfois du béton.

La première descente au cœur de Mathare s’effectue en apnée. Le corps est plongé dans un magma informe d’éléments plus ou moins vivants. On y devine de la rouille, de la boue, des ordures, des animaux. Des humains aussi.

La première descente au cœur de Mathare s’effectue sans appel à la réflexion. L’esprit est comme endormi, absorbé par la recherche d’espaces où placer chaque pas le long des chemins vagues et des espaces étriqués.

La première descente au cœur de Mathare s’effectue sans appareil photo. Il n’y a pas de conjonctions d’éléments à distinguer. Il n’y a pas d’histoires à déceler, à raconter. Il y a juste un choc que l’on pressent annonciateur de questionnements.

Nairobi, Mathare, intérieur du quartier "Viet Nam". 2010.

Il ne faut cependant pas longtemps pour réaliser la dureté du quotidien des habitants du bidonville. Il n’y a pas d’accès à l’eau courante, le réseau électrique est sauvage et dangereux, les égouts sont en plein air et débordent sur le pas des maisons lorsqu’il pleut.

Il y aussi les problèmes cachés plus en profondeur dans l’histoire du quartier. Mathare est un bidonville qui s’est créé au fil des arrivées de Kenyans issus des différentes régions du pays. Si la mixité ethnique est grande, l’esprit de communauté est parfois fragile au cœur d’un bidonville qui ne représente souvent qu’un premier point d’entrée dans Nairobi.

L’élection présidentielle du 27 décembre 2007 s’est soldée par un conflit interethnique. Attisé par les rivalités politiques entre le président réélu dans la contestation, Mwaï Kibaki, et son principal opposant, Raila Olinga. Mathare fut l’une des zones les plus touchées par le conflit. En quelques semaines, des centaines de personnes ont été tuées dans les rues du bidonville.

Les premières images qui émergent du « slum » (« bidonville » en anglais) présentent un tableau bien sombre. Le premier contact se transforme alors en inventaire du trash et du crasseux sur la route d’un « safari urbain ».

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Il y a pourtant bien une vie à Mathare. Au fil des déambulations, les rues du bidonville deviennent petit à petit plus familières. Des silhouettes deviennent des visages, puis des prénoms. Il y a aussi un matin, un après-midi, et un soir à Mathare.

L’organisation humaine prend forme. Les boutiques, les écoles, les associations, les clubs de football émergent et viennent nous raconter le quartier sous un nouvel angle. Il y a des habitants qui se battent pour faire avancer leur communauté.

Austin, a crée un club de football qui accueille filles et garçons. Il utilise le sport pour éviter aux jeunes de tomber dans la délinquance. « Au moins, le soir, lorsqu’il rentre chez eux, ils sont bien fatigués et n’iront pas faire des bêtises ».

Moses, directeur d’une école, travaille avec Austin pour proposer des bourses d’études aux joueurs de football du quartier. « On doit trouver le talent de chacun des enfants. Que ce soit dans le sport ou dans les études, il faut les aider à découvrir leur voie ».

Ce soir, le terrain se transformera en salle de cinéma en plein air. Avec des amis, Nicolas a développé “Slum TV”. Ils proposent aux habitants des projections de reportages sur la vie du bidonville. « Ce n’est pas le gouvernement qui va nous raconter ce qui se passe chez nous. Je rêve de pouvoir un jour créer une école de journalisme ici ».

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La plongé en apnée et le safari urbain se terminent enfin. La remontée à la surface et la descente du 4×4 nous révèlent qu’à Mathare, il y a des humains qui résistent, s’activent, et rêvent aussi. Il ne faut pas oublier de se le rappeler de temps à autre. Quoi de plus banal et passionnant que l’universalité des préoccupations humaines ?

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