Akwa joueur tout terrain, texte

Fabrice Alcebiades Maieco, plus connu des angolais sous le surnom d’Akwa, vit une retraite d’ancien footballeur chargée. Politique, engagement social et publicité… rencontrer la star angolaise en période de Coupe d’Afrique des Nations à Luanda relève du petit miracle.

Malgré l’air climatisé à plein régime, l’hôtel Tropico porte bien son nom aujourd’hui. Le hall d’accueil est en ébullition et le personnel de la sécurité au bord de la surchauffe. Journalistes et cameramen s’agitent devant la salle de réunion de l’établissement. Une célèbre marque de bière locale y propose une conférence de presse très particulière. Ses organisateurs semblent plutôt satisfaits de leur coup. A la foire de la publicité autour de la coupe d’Afrique des Nations, ils ont réussit à décrocher le gros lot, la légende vivante du football angolais, Akwa. L’ex capitaine des Palencas Negras est venu en personne jouer les VRP de luxe pour la boisson alcoolisée. Sans même parler un mot de portugais, on réalise aisément que le jeune retraité du ballon rond nous récite sans conviction le communiqué de presse préparé par son sponsor.

Gourmette en or au poignet, nuée de journalistes sur le dos et bras droit en costume de garde du corps, on a du mal à imaginer la star répondre aux questions de deux petits reporters français. Mais de son passé d’avant centre et de terreur des gardiens de but, Akwa a conservé le sens du contre pied. « Une interview ? Pas de soucis. Laissez moi juste le temps de me changer ». Délesté du tee shirt de son sponsor au profit d’un élégant costume deux pièces, on peut alors davantage déceler la classe du buteur international. « Je suis vraiment désolé de vous avoir fait attendre ». Venant de la légende vivante du football angolais, de l’attaquant qui inscrivit le but qualifiant l’Angola pour sa première coupe du monde en 2006, tant de politesse nous prend au dépourvu.

L’entretien se déroule dans la bonne humeur, on évoque les débuts du petit Akwa dans sa ville natale de Benguela, ses années de joueur professionnel et sa fin de carrière avec son retour au pays dans le club de Petro de Luanda. Malgré certaines saisons chaotiques, en particulier au Portugal où il n’a pas réussit à s’imposer dans les différents clubs pour lesquels il a évolué, Akwa ne regrette rien. « Je pense que j’ai réalisé une belle carrière, j’ai pu faire de grandes choses en tant que joueur ».

Bien entendu, en bon supporter fier de son pays, il se montre enthousiaste avec l’organisation de la première coupe d’Afrique des Nations en Angola. « C’est une grande joie de pouvoir organiser un événement comme la Coupe d’Afrique des Nations. Ce sera une grande fête pour le pays ». Deux jours après l’entretien, les FLEC (Fronts de Libération de l’Enclave de Cabinda) lancèrent une attaque meurtrière sur la délégation togolaise venu jouer la CAN à Cabinda. Si le propos de la star n’était pas annonciateur de la tragédie, il avait tout de même de quoi dérouter son auditoire. Devenu député en 2008 et membre du tout puissant parti au pouvoir, le MPLA (Mouvement Pour la Libération de l’Angola), nous pensions entendre un discours verrouillé et bienveillant envers la situation de son pays. Une nouvelle fois Akwa nous prend par surprise. Dans un pays où ouverture économique ne rime pas avec liberté d’expression, où la population refuse de parler de politique dans des lieux publics, l’homme politique s’explique sans langue de bois, droit au but. « Oui je me suis engagé en politique, mais attention, je ne suis pas du côté du gouvernement. Je suis du côté du peuple. J’ai été élu au Parlement, je travaille pour la commission Education-Santé-Jeunesse. Le social c’est ce qui me tient le plus à cœur, j’ai aussi crée une association pour les jeunes en difficulté. »
De la même manière, lorsqu’on évoque le football angolais, l’ancien joueur parle sans détour « le foot ici n’a rien à voir avec les championnats européens. Les présidents de clubs prennent tout l’argent pour eux et il ne reste rien pour les joueurs ». Les principaux clubs professionnels angolais, propriété de l’armée, de la police ou de la société nationale d’exploitation du pétrole (la Sonangol), apprécieront l’indépendance et la liberté d’expression du plus populaire des footballeurs angolais.

L’entretien s’étire et se transforme en discussion conviviale. A nouveau Akwa se confond en excuse, il est attendu ce soir pour un match de bienfaisance aux côtés des deux plus grands joueurs lusophones de l’histoire du football : Pelé et Eusébio. « C’est un vrai rêve de gamin de pouvoir jouer avec eux ! » Retraité nantis, homme politique engagé, et enfant émerveillé, Akwa quitte le hall de l’hôtel Tropico sans nous avoir laissé le temps de lui demander quel est son véritable âge.

Laisser un commentaire

C'est bon ?




Carnet de Voyage

This movie requires Flash Player 9



Suivez l'aventure Rencontres Africaines !

This movie requires Flash Player 9



Nous aider