L’Angola, avec ou sans CAN, texte

Après trente années de guerre d’indépendance et civile, Luanda voulait faire de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations le symbole du renouveau du pays. Les tragiques événements de Cabinda sont venus rappeler au gouvernement angolais que les coups de marketing sportif sont aussi imprévisibles que le coût du baril de pétrole.

Dimanche 31 janvier, 19h00. L’Egypte vient de réussir l’exploit de remporter pour la troisième édition consécutive la Coupe d’Afrique des Nations. Le stade du 11 Novembre fête les vainqueurs qui brandissent le trophée dans un festival pyrotechnique. En tribune présidentielle, les membres du gouvernement angolais et de la CAF (Confédération Africaine de Football) peuvent être satisfaits, la CAN a fini par retrouver sa place dans les rubriques sport des médias internationaux. Et cela convient tout à fait au principal sponsor de la compétition, Orange. Nicolas Coûte, Responsable Football pour Orange Sport peut le confirmer « Le conseil de sécurité de France Telecom nous avait demandé de ne pas aller à Cabinda. Nous avons dû commenter les matches se déroulant là bas depuis Paris. Mais nous avons de bons retours pour cette édition de la CAN. C’est triste à dire, mais le dramatique événement de Cabinda a permis d’augmenter l’attention autour de l’événement. »

Le 8 janvier dernier, les séparatistes du FLEC, Front de Libération de l’Enclave de Cabinda, lançaient une attaque meurtrière contre le bus de la sélection Togolaise. L’effervescence médiatique est depuis retombée autour de la tragédie. Mais les images des joueurs, traumatisés après l’assassinat de deux membres de leur délégation, ont fait le tour du monde. La tragédie de Cabinda entachera quoiqu’il arrive le bilan de la CAN 2010. Sous couvert d’anonymat, un journaliste angolais faisait part de ses critiques envers le gouvernement pour sa précipitation dans le choix d’organiser des matches dans cette ville sans avoir au préalable mis un terme au conflit avec les séparatistes de la région. « Le gouvernement voulait montrer que Cabinda était sécurisé et que personne ne peut contester sa souveraineté dans cette province riche en pétrole ».

Il y avait un autre message fort que souhaitait faire passer Luanda avec l’organisation de la CAN. Le gouvernement pensait tenir une campagne de publicité touristique idéale. Dans un entretien avec l’AFP quelques semaines avant le début de la compétition, la porte-parole du ministère du Tourisme, Roza Cruz se voulait persuasive : « L’Angola a un fort potentiel touristique. Nous avons traversé trente années de guerre mais cela fait maintenant près de huit ans que nous sommes en paix et le pays est en plein développement. Nous espérons que dans les années à venir nous attirerons de nombreux visiteurs, à l’instar de l’Afrique du Sud, du Mozambique et du Kenya”.

Le message n’est pas passé exactement comme prévu. Il est difficile d’imaginer les comptoirs d’agence de voyage assaillis par des demandes de séjours touristiques dans les mois à venir. Mr. Lepetit, directeur d’Eurostral, une société spécialisée dans l’organisation de voyages collectifs à Luanda, rappelle que l’Angola est loin d’être prête pour pouvoir développer une vraie activité touristique. « Il n’existe pas de visa touristique pour entrer dans le pays. Et si des efforts ont été réalisés en terme d’infrastructure de transport, il n’y a pas encore assez d’hôtels. Le patrimoine local n’est pas aussi bien valorisé que dans certains pays voisins. Il n’y a pas de grandes réserves animalières comme au Kenya ou au Mozambique » L’entrepreneur français se montre pessimiste quant au potentiel touristique du pays : « Il n’était déjà pas évident de faire du tourisme en Angola. Alors avec les événements de Cabinda cela va devenir encore plus compliqué. Mis à part les baroudeurs, ceux qui avaient une certaine appréhension pour venir visiter le pays seront renforcés dans leur opinion ».

Pour autant, l’Angola ne sera pas oubliée par les investisseurs internationaux. Fort d’une croissance souvent à deux chiffres ces dernières années et de son titre de premier producteur de pétrole en Afrique sub-saharienne, le gouvernement du président Dos Santos a des atouts qui n’ont pas besoin de publicité pour satisfaire ses partenaires chinois et occidentaux. Consultant pour une société pétrolière angolaise, un expatrié français nous assure qu’il n’imagine pas l’activité économique du pays ralentir : « Avec ou sans la CAN, il n’y aura pas de différence pour l’activité pétrolière en Angola. De nombreux partenariats sont déjà en place et les investisseurs potentiels ne se décourageront pas pour autant ».

A l’Angop (l’Agence Nationale de Presse Angolaise), le ton est bien moins réservé. Le directeur de la rédaction sportive, Pedro Da Ressurreçion, n’hésite pas à verser dans l’optimisme exacerbé : « L’organisation de la CAN et la construction de nouvelles infrastructures nous permettront de réduire le chômage et d’améliorer les conditions de vie de la population ». La méthode couët a aussi ses adeptes en Angola. Pour un peu on imaginerait presque la CAN comme une baguette magique pointée sur l’Angola.

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